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Blender Foundation

qui possède et qui paie le logiciel 3D

Un outil professionnel distribué gratuitement, une fondation néerlandaise, des comptes publics et, depuis janvier 2026, une nouvelle direction.

Développeurs au travail dans un bureau en open space, avec du code affiché sur un écran
Réponse rapide

La Blender Foundation est une fondation à but non lucratif de droit néerlandais, créée en 2002 et installée à Amsterdam, qui édite le logiciel de création 3D Blender — rien à voir avec un appareil de cuisine. Elle vit de dons, collectés par le Blender Development Fund, auquel adhèrent des particuliers pour quelques euros par mois comme de grandes entreprises du jeu vidéo et du cinéma. Depuis le 1er janvier 2026, elle n’est plus dirigée par son fondateur.

  • Statut : fondation néerlandaise à but non lucratif, siège à Amsterdam, logiciel sous licence GNU GPL.
  • Origine : le code a été racheté aux investisseurs en 2002 grâce à une campagne de 100 000 euros.
  • Financement : le Development Fund, entre adhésions individuelles et patronage d’entreprise.
  • Comptes 2024 : 3,106 millions d’euros de revenus, exercice déficitaire, part des petits dons doublée.
  • Direction : Francesco Siddi a succédé à Ton Roosendaal au 1er janvier 2026.

La Blender Foundation, une fondation néerlandaise pas comme les autres

Blender est un logiciel de création 3D distribué gratuitement, sans version payante, sans abonnement et sans module premium. Derrière cette gratuité il y a une organisation, et c’est elle qui répond à la question de fond : comment un outil utilisé par des studios d’animation, des architectes et des industriels peut-il ne rien coûter à personne.

La Blender Foundation est une stichting, une fondation à but non lucratif de droit néerlandais, créée en 2002 et installée à Amsterdam. Son objet statutaire est simple : donner au plus grand nombre accès à la technologie 3D, avec Blender comme outil central. Ce n’est pas une entreprise, elle ne distribue pas de dividendes, et son financement repose sur des dons.

Le point juridique qui compte est ailleurs. Blender est publié sous licence GNU GPL, une licence libre qui donne à quiconque le droit d’utiliser, de modifier et de redistribuer le code, à condition de conserver les mêmes libertés pour les suivants. Concrètement, la fondation ne peut pas refermer le logiciel du jour au lendemain : même si elle le voulait, n’importe qui pourrait repartir de la dernière version libre et continuer. Cette impossibilité, plus que les intentions de ses dirigeants, est ce qui protège les utilisateurs sur le long terme.

2002

l’année où Blender a failli disparaître

Blender n’a pas commencé comme un logiciel libre. Il était développé par une société néerlandaise, NaN, qui a fait faillite au début des années 2000. Le code appartenait alors aux investisseurs, et il aurait pu rester dans un tiroir.

Ton Roosendaal, le créateur du logiciel, fonde la Blender Foundation avec l’appui des utilisateurs et négocie un accord : les investisseurs acceptent de publier le code sous licence libre contre une somme unique. La communauté paie, le code est libéré. À partir de ce moment-là, le logiciel n’appartient plus à une société, et l’organisation qui s’en occupe vit de ce que ses utilisateurs veulent bien lui donner. Tout le modèle actuel découle de cette configuration.

  1. Début des années 2000 — la faillite

    La société néerlandaise NaN, qui développe Blender, dépose le bilan. Le code source reste la propriété de ses investisseurs.

  2. Mai 2002 — la fondation

    Ton Roosendaal crée la Blender Foundation, une structure à but non lucratif destinée à récupérer et à porter le projet.

  3. Été 2002 — la campagne Free Blender

    Objectif : réunir 100 000 euros, montant réclamé par les investisseurs pour accepter une publication en licence libre. La somme est atteinte en sept semaines.

  4. 13 octobre 2002 — la libération

    Blender est publié sous licence GNU GPL. Le logiciel devient libre, et le restera pour toutes les versions déjà diffusées.

Qui paie pour un logiciel gratuit

Le Development Fund, deux publics

Le Blender Development Fund est l’outil de financement principal. Il fonctionne par adhésion récurrente et s’adresse à deux publics très différents.

D’un côté, les particuliers : on peut y adhérer pour quelques euros par mois, avec une reconnaissance symbolique — un badge, une mention sur le site. De l’autre, les entreprises, qui adhèrent à des niveaux nettement plus élevés et obtiennent en contrepartie une visibilité, des échanges directs avec l’équipe et la possibilité de commenter les feuilles de route. Elles n’achètent pas de fonctionnalité, elles financent un outil dont dépend leur production.

La liste publique des contributeurs d’entreprise réunit des fabricants de matériel graphique comme AMD, Intel et Nvidia, des acteurs du jeu vidéo comme Epic Games, Unity ou Valve, et de grands éditeurs de logiciels. En 2019, Epic Games verse 1,2 million de dollars via son programme MegaGrants. En janvier 2026, Netflix Animation Studios rejoint le fonds au niveau Corporate Patron, une première pour un grand studio d’animation.

L’intérêt de ces entreprises n’a rien de philanthropique. Un fabricant de cartes graphiques a besoin que le moteur de rendu de Blender exploite correctement son matériel. Un studio qui a bâti sa chaîne de production autour du logiciel a tout intérêt à ce que les développeurs restent payés. Financer l’outil coûte moins cher que de le remplacer, et bien moins cher que de le maintenir soi-même. C’est un calcul industriel, pas un geste.

Ce que disent les comptes

Pour l’exercice 2024, la Blender Foundation déclare 3,106 millions d’euros de revenus, pour une masse salariale de 2,713 millions. L’exercice se solde par une perte d’exploitation, alors même que les revenus progressent : l’organisation recrute, ses charges augmentent plus vite que ses recettes.

Le rapport annuel souligne aussi un déplacement du financement. Les petits dons sont passés de 263 000 à 618 000 euros d’une année sur l’autre, soit de 10 % à 20 % des revenus. Autrement dit, la part des particuliers double, ce qui rend la fondation moins dépendante d’une poignée de grands contributeurs. Le conseil, lui, juge les réserves accumulées insuffisantes et vise un matelas de trois mois de trésorerie.

Ce déplacement n’a rien de spontané. Fin 2024, la fondation a lancé une campagne baptisée « Join the 2% », partant d’un constat facile à vérifier : la proportion d’utilisateurs qui contribuent au financement du logiciel est minuscule au regard du nombre de personnes qui le téléchargent. L’objectif affiché n’était pas de collecter une grosse somme d’un coup, mais d’élargir la base des donateurs réguliers, ce qui est la seule façon de rendre des revenus prévisibles quand on ne vend rien.

Reste à savoir à quoi sert cet argent. Pour l’essentiel, à des salaires : la fondation emploie des développeurs à plein temps sur le cœur du logiciel, le moteur de rendu, l’interface et la maintenance, auxquels s’ajoutent l’infrastructure technique, la documentation et l’organisation d’événements. C’est ce qui rend la question du financement moins abstraite qu’il n’y paraît. Sans fonds, pas de développeurs, et un logiciel libre sans développeurs s’arrête doucement.

Où vérifier

Les chiffres cités portent sur l’exercice 2024 et proviennent du rapport annuel publié par la fondation, qui met ses comptes en ligne chaque année. Les montants des exercices suivants peuvent différer sensiblement.

Foundation, Institute, Studio

qui fait quoi

Trois noms circulent et sont régulièrement confondus, y compris par des utilisateurs avancés. Ils ne recouvrent pas le même périmètre.

EntitéRôle
Blender FoundationStructure faîtière : porte le projet, collecte les fonds, définit la stratégie, emploie les développeurs du cœur du logiciel
Blender InstituteStructure opérationnelle créée en 2007 à Amsterdam, qui héberge les équipes et les projets
Blender StudioPôle d’animation : produit des courts-métrages diffusés sous licence libre, chaque film servant de banc d’essai au logiciel

Deux noms proches n’appartiennent en revanche pas à cet ensemble. Blender Market, rebaptisé Superhive, et BlenderKit, devenu Blendkit, sont des plateformes de ressources pour Blender : elles font partie de l’écosystème, elles ne dépendent pas de la fondation. Le partage du nom vient de l’usage, pas d’un lien capitalistique.

2026

le fondateur passe la main

Ton Roosendaal a créé Blender, sauvé son code en 2002 et dirigé la fondation pendant plus de vingt ans. Il a quitté la présidence et la direction générale au 1er janvier 2026, une décision annoncée quelques mois plus tôt lors de la conférence annuelle du projet, à Amsterdam.

Son successeur est Francesco Siddi, présent dans l’organisation depuis 2012, où il a occupé une succession de postes — animation, développement web, production, relations avec l’industrie. Le nouveau conseil réunit également les responsables du développement, du produit et des opérations, avec Sergey Sharybin, Dalai Felinto et Fiona Cohen. Ton Roosendaal rejoint pour sa part un conseil de surveillance créé à cette occasion.

Une transition de ce type n’a rien d’anecdotique pour un projet libre. Beaucoup de logiciels open source majeurs restent liés à une personne, et leur avenir devient incertain le jour où elle s’en va. La Blender Foundation indique avoir préparé ce passage de relais de longue date, avec une répartition des responsabilités entre plusieurs personnes plutôt qu’un remplacement à l’identique. C’est précisément ce qui distingue une organisation d’un fondateur.

Qui possède Blender ?

Personne au sens habituel. Le logiciel est publié sous licence GNU GPL, qui autorise chacun à l’utiliser, le modifier et le redistribuer tant qu’il conserve ces mêmes libertés. La Blender Foundation porte le projet, emploie les développeurs et gère les fonds, mais elle ne peut pas refermer le code : n’importe qui pourrait repartir de la dernière version libre.

Comment Blender est-il financé s’il est gratuit ?

Par le Blender Development Fund, un système d’adhésions récurrentes. Les particuliers y contribuent à partir de quelques euros par mois, les entreprises à des niveaux bien plus élevés en échange de visibilité et d’échanges avec l’équipe. S’y ajoutent des dons ponctuels, comme le MegaGrant de 1,2 million de dollars versé par Epic Games en 2019.

Blender peut-il devenir payant un jour ?

Les versions déjà publiées sous licence GNU GPL resteront libres, quoi qu’il arrive à la fondation : la licence ne peut pas être révoquée rétroactivement. Si l’organisation changeait radicalement de modèle, la communauté pourrait reprendre le code à partir de la dernière version libre et poursuivre le développement de son côté.

Quelle différence entre Blender Foundation, Institute et Studio ?

La fondation porte le projet, collecte les fonds et emploie les développeurs. L’institut, créé en 2007 à Amsterdam, est la structure opérationnelle qui héberge les équipes. Le studio est le pôle d’animation qui produit des courts-métrages sous licence libre, chacun servant de banc d’essai au logiciel.

Blender Market et BlenderKit appartiennent-ils à la fondation ?

Non. Blender Market, devenu Superhive, et BlenderKit, devenu Blendkit, sont des plateformes tierces qui vendent ou distribuent des ressources pour Blender. Elles sont indépendantes de la Blender Foundation, malgré la proximité des noms.

Qui dirige la Blender Foundation aujourd’hui ?

Francesco Siddi, qui a pris la présidence et la direction générale au 1er janvier 2026, succédant à Ton Roosendaal. Ce dernier, créateur du logiciel, siège désormais dans un conseil de surveillance créé à cette occasion.

Un logiciel libre ne tient pas debout parce qu’il est gratuit, mais parce que quelqu’un paie les salaires de ceux qui l’écrivent — et cette ligne-là se lit dans un rapport annuel.