Une musicienne joue du hautbois au sein d'un petit ensemble, un violoncelle et un violon derrière elle
Actualités · Musique

Le hautbois

ce que l’anche double change, du timbre au la

Deux lamelles de roseau expliquent son grain, sa réputation de difficulté et son rôle de référence à l’orchestre.

Réponse rapide

Le hautbois est un instrument à vent de la famille des bois, à perce conique, dont le son naît de la vibration de deux fines lamelles de roseau tenues directement entre les lèvres : l’anche double. C’est elle qui donne son timbre serré et légèrement nasal, qui explique sa réputation de difficulté, et qui occupe plusieurs heures par semaine les hautboïstes, la plupart fabriquant eux-mêmes leurs anches.

  • Pas de bec : l’anche double se place directement entre les lèvres du musicien.
  • Peu d’air, sous forte pression : l’inverse de ce qu’on imagine d’un instrument à vent.
  • Le la de l’orchestre : hauteur peu ajustable et timbre qui traverse les autres pupitres.
  • Sa famille : hautbois d’amour et cor anglais — le basson, lui, n’en fait pas partie.

Un tuyau conique et deux lamelles de roseau

Un hautbois se reconnaît d’abord à ce qu’il n’a pas. Pas de bec, pas d’embouchure métallique, pas de large pavillon. À son extrémité supérieure sort un petit tube métallique coiffé de deux fines lamelles de roseau ligaturées ensemble : l’anche double, que le musicien place directement entre ses lèvres.

Le corps est fait d’un bois dense et sombre, traditionnellement la grenadille. Ce choix n’est pas décoratif : ce bois très dense et à grain fin supporte d’être percé en paroi mince, encaisse le vissage des clés et se déforme peu sous les variations d’humidité que subit en permanence un instrument dans lequel on souffle. La perce, elle, s’élargit régulièrement du haut vers le bas, une géométrie conique qui détermine tout le comportement acoustique de l’instrument.

De là vient la confusion la plus fréquente, avec la clarinette. Vues de loin, les deux silhouettes se ressemblent : même longueur approximative, même bois sombre, même forêt de clés argentées. Tout les sépare pourtant, à commencer par la façon dont l’air entre dans le tuyau.

CritèreHautboisClarinette
Mise en vibrationAnche double entre les lèvresAnche simple plaquée sur un bec
PerceConique, elle s’élargit vers le basEssentiellement cylindrique
ExtrémitéLéger évasement discretPavillon nettement ouvert
TimbreSerré, légèrement nasal, traverse l’orchestreRond, souple, se fond dans l’ensemble

L’anche double, ce que ça change vraiment

Sur une anche simple, une lamelle vibre contre un bec rigide. Sur une anche double, les deux lamelles vibrent l’une contre l’autre, s’écartant et se refermant sous la pression de l’air, de quelques centaines à plus d’un millier de fois par seconde selon la note jouée. L’ouverture entre les deux est minuscule, à peine un interstice.

La première conséquence est contre-intuitive. On imagine qu’un instrument à vent réclame beaucoup d’air ; le hautbois en demande peu, mais sous forte pression. Un débutant se retrouve donc avec de l’air en trop dans les poumons en fin de phrase, et doit apprendre à expirer avant de reprendre son souffle. Le réflexe ne va pas de soi.

La seconde conséquence occupe une bonne partie de la vie d’un hautboïste. Une anche est une pièce fragile, sensible à l’humidité, à la température et à l’altitude, dont le comportement change au fil des heures de jeu. Elle s’use, se déforme, finit par ne plus répondre. Presque tous les hautboïstes de niveau avancé fabriquent ou retouchent eux-mêmes les leurs : ils grattent le roseau au couteau, ajustent la ligature, testent, recommencent. Ce travail d’atelier représente plusieurs heures par semaine et conditionne directement la qualité du jeu.

D’où vient la réputation de difficulté

Pas des doigtés, qui ne sont pas plus complexes qu’ailleurs. C’est la maîtrise conjointe de l’anche, du souffle et de l’embouchure qui demande du temps — et une anche capricieuse peut ruiner la séance d’un musicien par ailleurs bien préparé.

Pourquoi c’est lui qui donne le la

Dans un orchestre symphonique, le rituel est immuable : avant le concert, un hautbois joue une note tenue et tout l’ensemble s’accorde dessus. Trois raisons se cumulent pour expliquer ce privilège.

La hauteur du hautbois est peu ajustable dans l’instant. Là où un violoniste tourne une cheville et où un flûtiste tire sa tête de quelques millimètres, le hautboïste ne peut pas modifier sensiblement son accord sans changer d’anche. Il est donc plus simple que les autres viennent à lui.

Son timbre, ensuite, est riche en harmoniques et perce nettement à travers les autres pupitres. Une note tenue au hautbois s’entend du fond de la scène, ce qui n’irait pas de soi avec un instrument au son plus enveloppant. La tradition d’usage a fait le reste, le hautbois occupant une place centrale dans l’orchestre classique depuis longtemps.

Il existe une exception connue : lorsqu’un piano participe à l’œuvre, c’est lui qui donne la référence, puisqu’on ne réaccorde pas un piano entre deux mouvements. Quant à la fréquence exacte de ce la, elle n’a rien d’universel. Le diapason varie selon les orchestres, les pays et les répertoires, et un ensemble jouant sur instruments anciens s’accorde nettement plus bas qu’une phalange symphonique moderne.

Une famille, et des cousins qu’on lui attribue à tort

La famille du hautbois compte plusieurs voix, auxquelles on ajoute souvent, à tort, des instruments qui partagent seulement le principe de l’anche double.

Même famille

Le hautbois d’amour

Un peu plus grave et sensiblement plus doux que le hautbois, avec un pavillon en forme de poire qui adoucit le timbre. Une voix intermédiaire, très présente chez Bach.

Même famille

Le cor anglais

Ni un cor, ni anglais : un hautbois alto, plus long, au même pavillon piriforme. Sa voix chaude et mélancolique porte quelques-uns des plus fameux solos du répertoire romantique.

Famille distincte

Le basson

Il fonctionne bien à l’anche double, mais sa perce, sa taille, sa technique et son histoire en font un instrument à part, avec sa propre famille dont le contrebasson est le membre grave.

Au-delà de l’orchestre, l’anche double irrigue de nombreuses traditions. La bombarde bretonne, la dulzaina espagnole, le duduk arménien, le suona chinois ou le shehnai indien reposent tous sur deux lamelles en vibration, avec des timbres et des usages complètement différents. Le hautbois d’orchestre n’est qu’une branche parmi d’autres d’un principe acoustique très ancien.

Où on l’entend

Dans l’orchestre, le hautbois s’assoit au sein des bois, avec les flûtes, les clarinettes et les bassons. Son rôle est double : porter des lignes solistes très exposées, et colorer l’harmonie de son grain particulier.

Les compositeurs l’ont beaucoup employé pour évoquer la campagne, la pastorale, l’innocence ou la plainte. Le timbre serré et légèrement nasal rappelle les hautbois populaires dont il descend, joués en plein air depuis des siècles, et cette parenté n’a jamais tout à fait disparu de l’oreille.

Pour une première écoute, quelques portes d’entrée. Côté concerto, le baroque italien de Vivaldi, Albinoni et Marcello, puis Mozart, et bien plus tard Richard Strauss, qui lui a écrit une page tardive et lumineuse. Côté orchestre, le hautbois se reconnaît d’emblée dans le prélude du Tombeau de Couperin de Ravel, et il incarne le canard dans Pierre et le Loup de Prokofiev, ce qui reste la façon la plus simple de mémoriser son timbre.

Le cor anglais, lui, tient le grand solo du Largo de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák et porte à lui seul Le Cygne de Tuonela de Sibelius. La musique de film s’appuie d’ailleurs très souvent sur lui, plutôt que sur le hautbois, dès qu’il s’agit d’installer une atmosphère nostalgique.

S’y mettre

ce qu’il faut savoir avant

La réputation de difficulté mérite d’être nuancée. Elle est réelle sur les premiers mois, le temps que l’embouchure se forme et que le souffle se règle, mais elle ne rend pas l’instrument inaccessible. Beaucoup d’élèves passent ce cap sans drame, à condition d’être guidés.

Le professeur compte ici plus qu’ailleurs, précisément à cause des anches. Un débutant seul devant une anche qui ne répond pas ne saura pas dire si le problème vient de son embouchure, de son souffle ou de la pièce elle-même, et risque d’installer des habitudes durables pour compenser un défaut qui n’était pas le sien.

Côté âge, la tendance est de commencer un peu plus tard que la flûte, la pression nécessaire réclamant une certaine maturité physique. La morphologie du visage et des dents entre aussi en jeu, et là encore seul un enseignant peut se prononcer. Beaucoup d’écoles font débuter à la flûte à bec, le temps d’acquérir la lecture et les bases du souffle, avant de basculer.

Reste le budget, qui ne se réduit pas à l’achat de l’instrument. Les anches sont des consommables : selon l’intensité de jeu, une anche tient de quelques séances à quelques semaines, et un élève régulier en consomme donc plusieurs par trimestre. C’est une dépense continue à intégrer dès le départ, et une raison de plus pour laquelle beaucoup de hautboïstes finissent par apprendre à les fabriquer. Pour les premières années, la location proposée par de nombreux conservatoires et écoles de musique évite d’engager l’achat d’un instrument de facture complexe avant d’être sûr de continuer.

Quelle est la différence entre un hautbois et une clarinette ?

Le hautbois a une anche double, deux lamelles de roseau tenues entre les lèvres, et une perce conique qui s’élargit vers le bas. La clarinette a un bec sur lequel est plaquée une anche simple, et une perce essentiellement cylindrique terminée par un pavillon évasé. À l’oreille, le hautbois est plus serré et un peu nasal, la clarinette plus ronde et plus souple.

Pourquoi le hautbois donne-t-il le la à l’orchestre ?

Plusieurs raisons se cumulent. Sa hauteur ne s’ajuste pas rapidement, contrairement aux cordes ou à la flûte : il est plus simple que les autres s’accordent sur lui. Son timbre riche en harmoniques traverse nettement l’orchestre. Et la tradition d’usage a fixé l’habitude. Lorsqu’un piano participe à l’œuvre, c’est en revanche lui qui sert de référence.

Le basson fait-il partie de la famille du hautbois ?

Non, même s’il fonctionne aussi avec une anche double. Sa perce, sa taille, sa technique et son histoire en font un instrument distinct, avec sa propre famille dont le contrebasson est le membre grave. La famille du hautbois comprend plutôt le hautbois d’amour et le cor anglais.

Le hautbois est-il difficile à apprendre ?

Les premiers mois sont exigeants, le temps que l’embouchure se forme et que le souffle se règle. La difficulté vient moins des doigtés que de la maîtrise de l’anche : sensible et changeante, elle demande d’être comprise et souvent retouchée. Bien accompagné, un élève passe ce cap sans difficulté particulière.

À quel âge peut-on commencer le hautbois ?

Un peu plus tard que la flûte en général, la pression nécessaire demandant une certaine maturité physique. La morphologie du visage et des dents entre aussi en jeu. Il n’existe pas d’âge règle : un enseignant est le mieux placé pour dire si un élève est prêt, et beaucoup d’écoles font commencer à la flûte à bec.

Un hautboïste passe presque autant de temps le couteau à la main que l’instrument aux lèvres. C’est sans doute ce qui explique le mieux le rapport particulier qu’il entretient avec son timbre.